"A ne pas avoir de télévision, tu rates quelque chose en ce moment : les images d'Asie sont quand même impressionnantes".
Et de me dire : c'est vrai. Mais est-ce indispensable de voir les images d'un raz de marée et de milliers de morts ?
Allez oui ! Cédant à la curiosité morbide de tout un chacun, je me connecte au site de TF1 afin de télécharger le dernier reportage et pouvoir moi aussi savourer confortablement renfoncé dans mon siège les images insoutenables et parfaitement soutenues de l'horreur ; et moi aussi, jubiler en feignant une affliction démesurée car mon quotidien ne va en rien être changé.
L'image est petite dans la lucarne. La définition n'est pas très bonne quand la vague déferle, je retiens mon souffle comme un supporter quand son attaquant préféré, balle au pied, sprinte vers la surface de réparation. Malheureusement, les vidéos amateures sont prises de trop loin et je ne peux ni voir ni ressentir la catastrophe dans toute son ampleur. Poteau. La frustration vicieuse d'une curiosité insatisfaite me titille les tétons, je n'en ai pas pour mon argent. Je n'ai pas mon lot de morts ni de dépouilles violacées. Je ravale ma salive, on m'a menti. Ou alors peut-être devrais-je moi aussi acheter une télé ?
Je repasse les images et m'approche pour tenter de mieux saisir les dégâts : le tsunami déferle à nouveau quand mon oeil est soudain attiré par un slogan publicitaire qui surplombe en clignotant la catastrophe naturelle la plus meurtrière de tous les temps.
"Les fêtes ne sont jamais réussies sans Ferrero Roche d'or".
Et la vague, de ré-emporter les corps de touristes emmêlés.
Délicieux.